
Centrafrique : les exportations d’or projetées à 9,4 tonnes en 2026 selon la BEAC
Une restructuration profonde du secteur extractif centrafricain
Pendant de nombreuses décennies, le secteur aurifère en RCA est resté confiné à une exploitation artisanale et informelle, caractérisée par une forte contrebande vers les pays voisins et une faible captation des recettes fiscales par l’État. Cependant, le paysage minier national connaît une transformation structurelle rapide depuis l’arrivée de nouveaux acteurs industriels et la sécurisation progressive de plusieurs grands sites de production.
Cette forte hausse des exportations projetée par la banque centrale s’explique par plusieurs facteurs clés :
- L’industrialisation de la mine de Ndassima : Le gisement aurifère géant de Ndassima, situé dans la préfecture de la Ouaka, est passé d’un statut d’exploitation artisanale à une production industrielle intensive sous la supervision d’opérateurs bénéficiant d’un appui sécuritaire et logistique robuste.
- Le renforcement des contrôles douaniers et aéroportuaires : Les autorités centrafricaines ont durci les mécanismes de traçabilité à la sortie de Bangui, forçant une part plus importante de la production à intégrer les circuits d’exportation officiels déclarés.
- L’attrait des cours mondiaux de l’or : Avec des cours de l’once d’or qui se maintiennent à des niveaux historiquement élevés, l’incitation à maximiser l’extraction et l’exportation formelle s’est considérablement intensifiée pour les compagnies opérant sur le territoire.
Quel impact macroéconomique pour Bangui ?
Pour le gouvernement centrafricain, ces 9,4 tonnes d’or exportées représentent une opportunité unique d’accroître les recettes intérieures de l’État. Dans le cadre des réformes structurelles menées sous l’égide des institutions financières internationales, la diversification des sources de revenus est essentielle pour réduire le déficit budgétaire et financer les infrastructures de base indispensables au pays.
L’Analyse IBA
Les prévisions de la BEAC pour la RCA mettent en lumière le paradoxe de la transition minière centrafricaine. Sur le plan purement macroéconomique, l’exportation formelle de 9,4 tonnes d’or en 2026 constitue une bouffée d’oxygène majeure pour la balance des paiements du pays et les réserves de change de la zone CEMAC. Cependant, le véritable enjeu réside dans la redistribution réelle de cette rente extractive. Pour que cet or profite effectivement au développement de la RCA, l’État doit impérativement veiller à l’application stricte de son Code minier et s’assurer que les conventions fiscales signées avec les exploitants industriels garantissent des retombées locales substantielles (emplois, infrastructures scolaires et sanitaires, électrification). De plus, dans un contexte géopolitique où l’exploitation des ressources naturelles centrafricaines fait l’objet d’une attention internationale aiguë en raison de la présence d’opérateurs de sécurité privés étrangers, la transparence des flux financiers reste le seul gage de crédibilité à long terme pour réintégrer pleinement les circuits financiers mondiaux.

