
Cameroun : Manque à gagner de 31,5 milliards de FCFA pour les douanes au premier trimestre
L’effondrement des droits de sortie plombe le bilan global
L’analyse détaillée des postes de recettes démontre que cette contre-performance globale découle en priorité du fléchissement des taxes perçues sur les flux d’exportation. Les droits de sortie sur les produits locaux n’ont rapporté que 15,2 milliards de francs CFA sur les trois premiers mois de l’année, contre une cible programmée de 30,8 milliards de francs CFA.
Ce segment affiche des indicateurs particulièrement bas :
- Un taux de réalisation sectoriel de seulement 49,4 %.
- Un déficit spécifique de 15,6 milliards de francs CFA, représentant près de la moitié de l’écart budgétaire global de la DGD.
- Une baisse de 47,6 % par rapport au premier trimestre 2025, période durant laquelle les droits de sortie avaient généré 29 milliards de francs CFA.
Cette forte baisse des prélèvements à l’exportation pourrait traduire une contraction en valeur des marchandises exportées soumises à taxation, des réajustements structurels dans la nature des produits expédiés ou des goulets d’étranglement dans le dédouanement.
La fiscalité à l’importation maintient le cap
À l’inverse du secteur des exportations, les indicateurs liés à l’importation affichent une dynamique positive. Les droits de douane purs ont progressé de 8,6 % pour s’établir à 102,7 milliards de francs CFA. Parallèlement, la TVA appliquée à l’importation a bondi de 5,8 %, générant une enveloppe de 119,1 milliards de francs CFA.
Au total, ces deux leviers d’importation ont généré un surplus de 14,6 milliards de francs CFA par rapport au premier trimestre 2025. Toutefois, cette poussée des importations n’a pas suffi à éponger le déficit du secteur exportateur. La situation a également été fragilisée par le recul des droits d’accises, arrêtés à 13,9 milliards de francs CFA (contre 16,6 milliards un an plus tôt), soit un repli de 16,3 % et un taux de réalisation de 78,1 % face à l’objectif de 17,8 milliards de francs CFA.
L’Analyse IBA
Le repli des recettes douanières camerounaises au premier trimestre 2026 met en lumière un paradoxe persistant des économies de la sous-région : la vulnérabilité fiscale face aux chocs du commerce extérieur. L’effondrement de près de 48 % des droits de sortie est un signal d’alarme macroéconomique majeur. Il peut révéler soit une baisse des cours mondiaux des matières premières exportées par le Cameroun, soit l’impact direct des politiques d’interdiction ou de restriction des exportations de produits bruts (comme le bois en grumes) au profit de la transformation locale. Si cette seconde hypothèse se confirme, le manque à gagner fiscal immédiat cache en réalité une mutation structurelle positive à long terme. En revanche, la progression continue des recettes à l’importation (droits de douane et TVA) prouve que la dépendance du pays vis-à-vis des marchés extérieurs pour sa consommation demeure élevée, compliquant les ambitions de substitution aux importations prônées par Yaoundé.

