
CAN 2032 : L’Alliance des États du Sahel (AES) dépose sa candidature
Une validation institutionnelle pour un projet d’intégration
Conformément aux exigences de l’article 7.3 du règlement de la Confédération Africaine de Football (CAF), les trois fédérations saheliennes ont formalisé leur déclaration d’intérêt commune. Cette ambition tripartite a reçu un signal favorable le 18 juillet dernier à New York, lors d’une réunion au cours de laquelle le président de la CAF, Patrice Motsepe, a validé la recevabilité de la démarche.
En gestation depuis le renforcement de leur intégration politique et économique amorcé en 2023, ce projet conjoint permet au bloc sahélien d’accélérer sa mutation. L’objectif consiste à déplacer le curseur d’une alliance originellement sécuritaire vers une plateforme de grand déploiement d’infrastructures et de rayonnement international.
Diplomatie sportive : un pari à haut risque sécuritaire et financier
L’accueil du plus grand événement sportif du continent exige une mobilisation financière colossale, la construction de stades aux normes internationales et le développement de réseaux de transport performants. À travers cette candidature, l’AES cherche à projeter l’image d’un espace stabilisé, capable d’attirer plusieurs milliards de dollars d’investissements direct et de déconstruire le récit d’une région exclusivement marquée par les vulnérabilités sécuritaires.
Toutefois, la projection sur l’échéance 2032 constitue un véritable pari sur l’avenir. L’obligation de garantir une sécurité sans faille sur trois territoires interconnectés impose une maîtrise absolue des risques. En l’absence d’une consolidation durable de la situation sur le terrain, les lourds investissements consentis risquent de peser sur les finances publiques tout en exposant la région à un risque d’image majeur.
L’Analyse IBA
La candidature de l’AES pour la CAN 2032 illustre parfaitement la théorisation du soft power appliqué aux trajectoires d’émancipation politique en Afrique de l’Ouest. En instrumentalisant le football — premier vecteur de cohésion et de visibilité sur le continent —, Bamako, Ouagadougou et Niamey tentent de légitimer leur modèle de gouvernance régionale et de forcer l’intégration infrastructurelle de l’espace sahélien. Néanmoins, cet impératif de prestige met en lumière un paradoxe économique brutal : la priorité accordée aux méga-équipements sportifs devra composer avec les besoins structurels urgents des populations locales en matière de services de base et de souveraineté alimentaire. Si l’AES parvient à faire de ce projet un catalyseur d’investissements structurants durables (corridors routiers, réseaux d’énergie et télécoms), elle posera les bases d’une réelle émergence économique. Dans le cas contraire, l’illusion du gigantisme événementiel pourrait fragiliser les équilibres macroéconomiques d’un espace en pleine reconfigurations géopolitiques.

