
Le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine s’envole à 102 milliards $ en 2025 (+64,5 %)
Le déficit commercial du continent avec l’empire du Milieu perdure depuis de longues années. Il a cependant explosé l’an passé, en raison de la décision de Pékin d’augmenter ses exportations vers les marchés émergents pour compenser la perte de parts de marchés aux Etats-Unis.
Le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine s’est creusé de 64,5% en 2025 comparativement à l’année précédente pour s’établir à 102,01 milliards de dollars, en raison notamment d’une forte hausse des exportations de l’empire du Milieu vers le continent, selon des données publiées le mercredi 21 janvier par l’administration générale des douanes chinoises.
Les exportations de la Chine vers les pays africains ont augmenté de 25,8 % durant l’année écoulée pour atteindre 225,03 milliards de dollars, alors que les importations chinoises en provenance du continent ont totalisé 123,02 milliards de dollars, enregistrant ainsi une hausse modeste de 5,4% comparativement à 2024.
La valeur totale des échanges commerciaux entre le géant asiatique et le continent a ainsi atteint un record 348,05 milliards de dollars, un montant en hausse de 17,7% par rapport à 2024.
La forte hausse du déficit commercial de l’Afrique avec la Chine intervient alors que Pékin s’efforce d’accroître ses exportations vers de nombreuses régions du monde pour compenser la perte de parts de marchés aux États-Unis, à la suite de la décision du président américain Donald Trump d’imposer des droits de douane plus élevés sur les importations de produits chinois. Mais cette réorientation des échanges commerciaux vers les marchés émergents, qui vise à atténuer l’impact des mesures protectionnistes américaines sur la croissance de l’économie chinoise, n’explique pas à elle seule le déficit commercial du continent avec la Chine. Ce déficit découle en grande partie des déséquilibres structurels persistants qui caractérisent les relations commerciales bilatérales.
Les importations chinoises en provenance de l’Afrique sont dominées par les matières premières comme le pétrole brut, le cuivre, le cobalt et le minerai de fer, tandis que les exportations de Pékin vers le continent sont essentiellement composées de produits manufacturés à forte valeur ajoutée, notamment des machines, des produits électroniques et des technologies vertes. Les pays africains ont par exemple importé un total de 15 032 mégawatts (MW) de panneaux solaires chinois durant les douze mois allant du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025, contre 9 379 MW au cours des douze mois précédents, soit une augmentation de 60%.
Démantèlements tarifaires
Afin de réduire les déséquilibres caractérisant le commerce sino-africain, les autorités chinoises ont supprimé ces dernières années les droits de douane sur 98 % des produits importés de 21 pays africains, dont l’Ethiopie, la Guinée, le Mozambique, le Rwanda et le Togo. Elles appliquent également depuis le 1er décembre 2024 un traitement tarifaire nul sur 100% de ses importations en provenance des pays les moins avancés (PMA) avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, dont 33 pays africains. En juin 2025, Pékin avait proposé la suppression des droits de douane sur ses importations en provenance de tous les pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, y compris les économies à revenu intermédiaire.
Pour Charlie Robertson, un économiste britannique spécialiste de l’Afrique, les démantèlements tarifaires annoncés par la Chine ne suffiront cependant pas à équilibrer les échanges commerciaux bilatéraux. « La politique de droits de douane nuls de la Chine ne s’attaque pas aux raisons sous-jacentes pour lesquelles les exportations africaines par habitant sont si faibles, à savoir que la majeure partie du continent n’est pas encore industrialisée », a-t-il déclaré, cité par le quotidien anglophone chinois South China Morning Post.
Pour rappel, le cabinet de conseil Oxford Economics avait averti, dans un rapport publié en décembre dernier, qu’une nouvelle forte augmentation des exportations chinoises vers l’Afrique en 2026, pourrait être à l’origine de tensions commerciales entre l’empire du Milieu et le continent. Ces tensions se manifesteraient par l’adoption par plusieurs pays africains de mesures antidumping contre les produits « Made in China » (droits de douane sur un certain nombre de marchandises disponibles localement, quotas d’importations, etc.), ou encore par la mise en œuvre de politiques industrielles visant à favoriser la production et la consommation locales.

