SADC : un bloc régional de 841 milliards $ de PIB en quête d’efficacité économique

SADC : un bloc régional de 841 milliards $ de PIB en quête d’efficacité économique

Alors que la SADC multiplie les protocoles et les sommets pour promouvoir l’intégration régionale depuis 1992, la plupart des engagements restent lettre morte. La présidence tournante malgache qui commence ce mois d’août ouvre une nouvelle séquence, mais les contradictions structurelles de l’organisation limitent ses marges de manœuvre.

Après un 45e sommet placé sous le signe de l’industrialisation et de la transition énergétique, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) cherche à projeter l’image d’un bloc plus uni. La rencontre, accueillie à Antananarivo, s’est déroulée sur fond de pressions extérieures, notamment les nouvelles surtaxes imposées début avril 2025 par Washington. Plusieurs pays de la région, comme Madagascar ou le Lesotho, voient leurs exportations frappées de surtaxes de 47 à 50 %, selon les chiffres communiqués par la Maison-Blanche. Mais au-delà de ce contexte, le sommet a surtout mis en lumière la quête d’efficacité économique d’une organisation dont l’intégration reste encore largement inachevée.

Si l’on en croit une note relayée début août par le think tank The South African Institute of International Affairs (SAIIA), les instruments censés renforcer cette intégration et encadrer le commerce, l’investissement ou la libre circulation peinent à être ratifiés ou appliqués, laissant les États membres agir de manière dispersée. En effet, apprend-on, vingt-sept protocoles (27) ont été adoptés depuis 1992, mais leur mise en œuvre reste limitée. Par exemple, le Protocole sur l’industrie, adopté en 2019 pour stimuler l’industrialisation, n’a été ratifié que par six pays, selon la note. Même lorsqu’ils sont ratifiés, plusieurs protocoles restent sous-exploités, car les « acteurs censés en bénéficier ne sont pas toujours informés de leur existence ou des moyens d’en tirer parti ». A titre d’illustration, « plus de 92 % des exportations du Mozambique éligibles aux échanges avec les pays de la SADC n’utilisaient pas le Protocole sur le commerce des biens », indique l’analyse, citant l’European Centre for Development Policy Management (ECDPM).

« En dépit de l’accord de Zone de libre-échange (de la SADC, NDLR), de nombreux produits restent assujettis à des droits de douane. Tous les États membres ne respectent pas les dispositions de la zone. La lenteur des procédures douanières, l’état déficient des routes et des infrastructures ferroviaires, la lourdeur logistique aux frontières et l’inefficacité des chaînes de valeur aggravent encore la situation », explique l’analyste politique Kim Heller.

Cette faiblesse est reconnue jusque dans les rencontres ministérielles de l’organisation. Réunis à Harare en juin dernier, les ministres du Commerce et de l’Intégration régionale ont de nouveau exhorté les États à ratifier les protocoles en suspens, y compris ceux sur le commerce, l’industrie et les services, qui sont censés fournir un cadre commun pour supprimer les barrières commerciales et coordonner les politiques industrielles. « Nous devons sortir de la logique de construction de barrières entre nous […]. Nous sommes tous conscients de la fragilité des relations commerciales mondiales, marquées par des actions unilatérales, des remises en cause d’engagements commerciaux et des menaces contre le multilatéralisme. Cet environnement incertain renforce la nécessité de bâtir notre résilience collective à travers la promotion du développement durable, une intégration régionale plus poussée, des chaînes de valeur plus solides et un commerce accru au sein de notre propre région », a insisté le ministre zimbabwéen Amon Murwira, président du Conseil des ministres de la SADC.

Faute de cadre opérationnel, chaque pays répond seul aux crises

Le manque de coordination se traduit concrètement dans la manière dont les États répondent aux chocs extérieurs. Face aux surtaxes américaines de 2025, qui affectent les exportations textiles, minières et agricoles de la région, plusieurs pays ont choisi leur propre stratégie. Le Zimbabwe a annoncé la suspension unilatérale de ses droits de douane sur les importations américaines afin de protéger son tabac, une décision que l’ancien ministre des Finances Tendai Biti a qualifiée « de suicidaire, égoïste et de trahison de la solidarité régionale ». Madagascar a ouvert des discussions bilatérales avec Washington. Le Lesotho a proposé d’accorder une part dans son secteur énergétique pour regagner les faveurs américaines, tandis que du côté de l’Afrique du Sud, on évoque la possibilité d’un accord commercial séparé.

Image8

Source : GIS Report

Si ces démarches individuelles peuvent s’expliquer par les impacts divergents de la décision de l’Oncle Sam sur chacun des pays cités, elles illustrent l’absence d’un cadre opérationnel commun au sein de la SADC.  Malgré un PIB cumulé estimé à 841 milliards de dollars pour ses seize membres, la SADC ne parvient pas à capitaliser sur ce poids économique faute d’un véritable marché intégré. Cette fragmentation limite sa capacité à faire face aux grands partenaires commerciaux et à négocier de manière unifiée. « À ce jour, le commerce intra-régional se situe à un faible niveau d’environ 23 %, ce qui signifie qu’en tant qu’États membres de la SADC, nous commerçons davantage avec le reste du monde qu’entre nous. », indiquait en novembre 2024 Elias Magosi, secrétaire exécutif de l’organisation.

Devenir un acteur régional plus uni et plus influent

Dans un environnement marqué par les blocages structurels et les réflexes nationaux, quelques signaux laissent entrevoir des perspectives plus favorables. La SADC a annoncé début avril qu’elle procédait à une évaluation détaillée de l’impact des surtaxes américaines, avec l’objectif d’élaborer une réponse collective. Si cette démarche aboutit, elle constituerait un premier pas concret vers une meilleure coordination régionale.

L’intégration économique pourrait aussi se renforcer par des dynamiques internes. L’Angola vient de finaliser son offre tarifaire pour rejoindre la Zone de libre-échange de la SADC, ce qui portera à quatorze le nombre de pays membres pleinement engagés dans le dispositif, contre seulement douze il y a encore quelques années. Il ne restera alors plus que la RDC et les Comores en marge du marché commun.

Les articulations avec d’autres cadres continentaux ouvrent également de nouvelles perspectives, selon une analyse publiée par le site GIS Report. La Zlecaf, qui offre un accès élargi aux marchés africains, peut servir de relais pour diversifier les exportations et réduire la dépendance vis-à-vis de partenaires extérieurs. À Harare, le 5 juin dernier, les ministres du Commerce ont d’ailleurs annoncé l’adoption de plusieurs outils destinés à stimuler la coopération : un scorecard sur le climat d’investissement, un forum consultatif SADC-Zlecaf, et un plan d’action en faveur des PME. Pour la présidence tournante malgache, le grand défi sera de démontrer que la SADC peut enfin dépasser ses blocages pour devenir un acteur régional plus uni et plus influent.

CATEGORIES
Share This