Zone CFA : relais de croissance pour UBA

Zone CFA : relais de croissance pour UBA

La banque nigériane voit ses filiales francophones monter en puissance, au point de représenter un tiers de son résultat net. Une performance portée par une stratégie d’expansion patiente, mais également amplifiée par les effets de change.

United Bank for Africa (UBA) consolide sa stature de groupe panafricain. En 2024, le groupe bancaire dirigé par Oliver Alawuba a vu les bénéfices générés par ses filiales de la zone CFA (UEMOA et CEMAC) bondir de 166 %, pour atteindre 259,8 milliards de nairas (≈ 169 millions USD). Une performance qui a fortement contribué au résultat net consolidé du groupe, en hausse de 26 %, à 766,6 milliards de nairas (≈ 500 millions USD).

Les revenus suivent une dynamique similaire : le Net Operating Income (NOI), l’équivalent du Produit net bancaire dégagé par la zone CFA, s’élève à 482,6 milliards de nairas (≈ 315 millions USD), contre 224,3 milliards un an plus tôt (≈ 146 millions USD), soit +115 %. Le NOI consolidé du groupe progresse plus modestement de 8 %, à 1 237,6 milliards de nairas (≈ 807 millions USD).

La part de la zone CFA dans le résultat net de UBA grimpe ainsi à 34 %, contre 16 % un an plus tôt. Celle dans le NOI passe de 20 % à 39 %. Un retournement de tendance qui repositionne l’Afrique francophone comme moteur de croissance du groupe, à rebours des tendances souvent plus atones dans certains autres marchés du groupe, notamment en Afrique de l’Est, région linguistique historiquement plus liée au Nigeria.

Tony Elumelu (g) et Oliver Alawuba (d)

Une implantation ancienne, des relais de plus en plus matures

L’Afrique francophone a toujours occupé une place stratégique dans le déploiement régional de UBA. Entre 2005 et 2009, le groupe nigérian a ouvert une dizaine de filiales dans la zone UEMOA et CEMAC, avec des implantations et acquisitions au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Gabon, en Guinée ou encore au Mali. Dans la plupart de ces marchés, UBA détient ses filiales à 100%, ce qui lui confère une autonomie stratégique forte.

En 2024, UBA disposait de 746 agences sur le continent africain, dont 131 situées dans les pays francophones, soit 17,6 % de son réseau bancaire africain. Une couverture encore modeste en volume, mais qui pèse de plus en plus dans les comptes du groupe.

Certaines filiales CFA se distinguent par leur rentabilité. UBA Cameroun est en tête, avec un NOI de 108,6 milliards de nairas (≈ 71 millions USD) et un résultat net de 64,4 milliards (≈ 42 millions USD). Elle devance la Côte d’Ivoire (55,7 milliards ₦ de bénéfice, soit ≈ 36 millions USD) et le Burkina Faso (38,9 milliards ₦, soit ≈ 25 millions USD).

Même les plus petites entités montrent des performances solides : le Sénégal multiplie son bénéfice par trois, le Mali revient dans le vert, et le Congo-Brazzaville reste rentable. Là où, en Afrique de l’Est, les pertes s’accumulent : –6,4 milliards de nairas au Kenya (≈ –4,2 millions USD), –2,7 milliards en Tanzanie (≈ –1,8 million USD), tandis que la rentabilité recule en Ouganda. Seules quelques entités comme la RDC ou le Liberia affichent des progressions comparables à celles des filiales CFA.

Des performances solides… mais portées par le taux de change

Cette montée en puissance ne tient pas seulement à une amélioration de la productivité ou à la maîtrise des coûts. UBA reconnaît dans son rapport annuel que ses performances consolidées sont fortement sensibles aux effets de change. En 2024, les écarts de conversion cumulés ont atteint 580 milliards de nairas (≈ 378 millions USD), un record pour le groupe.

La dépréciation du naira vis-à-vis de devises plus stables, comme le franc CFA, a mécaniquement dopé la contribution des filiales extérieures exprimée en monnaie nigériane. Selon la BCEAO, le naira a perdu 40 % de sa valeur face au CFA en 2024.

À titre d’exemple, UBA précise qu’une simple dépréciation de 10 % du naira aurait majoré son résultat avant impôt de 83 milliards de nairas (≈ 54 millions USD). Ainsi, même des résultats stables en franc CFA peuvent se traduire par une progression marquée en nairas.

Ces croissances, exprimées en naira nigérian, traduisent une forte dynamique locale. Toutefois, si l’on applique les taux de conversion du naira en vigueur à la fin de chaque exercice, la progression s’avère plus modérée en dollar : le résultat net de la zone CFA ne croît que de 56 %, et le Net Operating Income de 26 %. Ce décalage met en lumière l’effet dopant qu’a eu la dépréciation du naira sur la consolidation des résultats du groupe.

Autrement dit, une partie de la croissance spectaculaire observée dans la zone CFA s’explique par la faiblesse de la monnaie nigériane, plutôt que par une hausse équivalente de l’activité en volume. À cela s’ajoute un effet d’érosion au Nigeria, où l’inflation et la volatilité monétaire affaiblissent la croissance en valeur réelle, ce qui accentue de fait le poids relatif des filiales extérieures.

L’application de la norme IAS 29 dans les filiales opérant dans des environnements hyperinflationnistes (notamment le Ghana et la Sierra Leone) a également généré des ajustements favorables aux comptes consolidés.

UBA Cameroun

Des risques toujours présents

Tout n’est pas linéaire dans la trajectoire africaine de UBA. En 2024, les marchés hors Nigeria ont concentré 45 % des dépenses opérationnelles du groupe, soit 467,9 milliards de nairas (≈ 305 millions USD), pour 39 % du revenu net consolidé. Un écart que la banque explique par ses investissements dans le digital, le recrutement local, et le renforcement de son maillage territorial.

Les pertes sur créances ont atteint 55,9 milliards de nairas (≈ 36 millions USD) dans les marchés africains hors Nigeria, tirées notamment par la Côte d’Ivoire, le Gabon ou le Cameroun, où les portefeuilles PME restent sensibles aux aléas conjoncturels.

La fiscalité locale reste également plus lourde : la charge fiscale y est trois fois supérieure à celle du Nigeria, soit plus de 110 milliards de nairas d’impôts (≈ 72 millions USD).

Malgré ces déséquilibres, la banque continue de consolider ses fondamentaux. Plus de 70 % des transactions du groupe sont désormais réalisées via des canaux digitaux, et l’assistant bancaire Leo, actif sur WhatsApp, est disponible dans plusieurs pays francophones.

 

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