
Or en Guinée : le coup de force de Conakry pour interdire l’or brut
L’annonce a été faite lors d’une réunion stratégique à Conakry, rassemblant l’ensemble des acteurs de la filière aurifère et les responsables des comptoirs d’achat. Le chef de l’État s’est montré inflexible : « L’or guinéen sera fondu, certifié et transformé en Guinée avant d’être exporté vers les marchés internationaux ». Tout opérateur qui enfreindra cette nouvelle donne verra sa licence suspendue et son contrat d’exploitation minière purement et simplement résilié.
Fin de l’ère du « simple fournisseur » de matières premières
Derrière cette décision radicale se cache une volonté farouche de rééquilibrer les gains d’une industrie aurifère en pleine croissance. Si la Guinée est mondialement connue pour ses réserves de bauxite, l’or pèse lourd : en 2025, le pays a exporté 19 946 kilogrammes d’or industriel et pas moins de 49 609 kilogrammes d’or artisanal, illustrant la dominance du secteur traditionnel.
Dénonçant un modèle asymétrique où la Guinée ne perçoit que des « miettes » pendant que la valeur ajoutée de la certification et du raffinage crée des emplois à l’étranger, Mamadi Doumbouya a martelé : « La Guinée ne continuera plus à se contenter d’être un simple fournisseur de matières premières pour les usines du monde entier. C’est fini ».
Pour soutenir cette ambition, Conakry s’apprête à mettre en service la Nimba Gold Refinery, implantée à Gbessia. Présentée par les autorités comme « la plus grande raffinerie d’Afrique », cette infrastructure devrait être opérationnelle dans les prochains jours et servira de hub exclusif pour traiter l’intégralité des flux du pays.
Une dynamique régionale face aux défis opérationnels
La Guinée s’inscrit dans un mouvement de fond qui secoue l’Afrique de l’Ouest :
- Le Mali a lancé en 2025 la construction d’une raffinerie près de Bamako ;
- Le Burkina Faso et le Niger développent des projets similaires ;
- Le Ghana dispose déjà de ses propres infrastructures de transformation ;
- La Côte d’Ivoire a également annoncé la construction d’une usine de raffinage.
Cependant, Conakry va plus loin qu’Accra ou Abidjan en imposant un blocus total sur l’or brut. Un pari audacieux qui soulève d’importantes questions logistiques. Le gouvernement n’a pas encore détaillé le calendrier précis ni les modalités de transition pour les miniers industriels. De plus, réguler un secteur artisanal majeur, souvent interconnecté avec les réseaux informels transfrontaliers de la sous-région, représentera un défi d’exécution colossal pour l’administration douanière et minière guinéenne.
L’Analyse IBA
En décrétant l’interdiction de l’exportation d’or brut, la Guinée accélère sa doctrine de patriotisme économique, déjà éprouvée sur la bauxite et formalisée autour du méga-projet de fer de Simandou. Conakry ne veut plus seulement extraire, elle veut capter la marge. Cette stratégie de rupture s’aligne sur la vision d’une Afrique subsaharienne bien décidée à briser le pacte colonial de l’exportation primaire. Néanmoins, le succès de ce protectionnisme minier dépendra de deux facteurs critiques. D’une part, la capacité technique réelle de la Nimba Gold Refinery à absorber et traiter l’or industriel aux standards de pureté internationaux (notamment les normes LBMA), indispensables pour que le métal guinéen ne soit pas décoté à l’international. D’autre part, la lutte contre la contrebande : une réglementation trop coercitive sans encadrement incitatif des orpailleurs artisanaux risque de pousser la production vers les circuits informels des pays voisins. La Guinée trace une voie courageuse, mais le plus dur commence : transformer le symbole politique en réussite industrielle pérenne.

