Cameroun : pourquoi le boom des PME de services est un leurre économique

Derrière le dynamisme de façade des statistiques officielles, qui recensent 28 684 nouvelles créations d’entreprises en 2025 pour un parc global de 472 000 PME, le Cameroun fait face à un diagnostic structurel préoccupant. L’écrasante majorité de ces structures — soit 79 % — s’engouffre dans le secteur tertiaire, tandis que 92 % demeurent des entreprises individuelles. Cette effervescence, loin de traduire un essor économique durable, masque en réalité une incapacité profonde du système à enclencher sa révolution industrielle.

Le contresens macroéconomique : la fausse promesse du tout-tertiaire

La théorie du développement économique est sans équivoque : aucune nation ne peut asseoir sa souveraineté exclusive sur une économie de services à faible valeur ajoutée. Contrairement aux pôles tertiaires avancés comme Singapour ou la Suisse, spécialisés dans la haute finance, la recherche de pointe ou l’ingénierie logicielle, le secteur des services en contexte de développement revêt une tout autre réalité.

Au Cameroun, ce tissu se sature principalement d’activités de subsistance et de flux intermédiaires :

  • Le commerce de détail et le négoce d’achat-revente ;
  • Le courtage et l’intermédiation informelle ;
  • La micro-logistique et les services de livraison de dernier kilomètre.

Ces activités souffrent d’un angle mort macroéconomique majeur : elles ne génèrent aucune richesse physique ni valeur ajoutée tangible. Elles se limitent à faire circuler une masse monétaire préexistante au sein d’un circuit fermé.

L’atrophie industrielle et le piège de la dépendance

L’abandon progressif des secteurs primaire (agriculture industrielle, industries extractives) et secondaire (unités de transformation, manufactures, usines) condamne mécaniquement le pays à l’asphyxie commerciale. Faute d’un appareil productif local, le Cameroun se voit contraint d’importer l’essentiel de ses biens d’équipement, sa technologie, ses matériaux de construction et ses denrées alimentaires.

L’omniprésence des auto-entrepreneurs (92 % du parc) met en lumière une « économie de survie » généralisée. Ces micro-unités se caractérisent par :

  • Une absence critique de fonds propres et d’accès au crédit lourd ;
  • Une impossibilité technique d’atteindre des économies d’échelle ;
  • Une incapacité chronique à financer l’innovation et la R&D ;
  • Une impuissance à générer des emplois salariés stables, qualifiés et hautement rémunérés.

À terme, cette trajectoire fragilise la balance commerciale, vide les réserves de change et exporte la valeur vers les pays producteurs. Pour le Cameroun, l’industrialisation n’est pas une simple orientation de politique publique, c’est l’unique condition de sa survie et de sa puissance économique.

L’Analyse IBA

Le cas camerounais est symptomatique d’un mal qui ronge de nombreuses économies d’Afrique subsaharienne : la confusion entre auto-emploi de subsistance et entrepreneuriat créateur de valeur. À l’ère de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), le pays ne pourra pas défendre ses parts de marché face à des géants industriels continentaux ou internationaux en alignant de simples intermédiaires de commerce. L’intelligence stratégique impose une réorientation radicale des incitations étatiques. Le Cameroun doit cesser de subventionner indirectement le secteur informel ou le petit commerce d’importation pour concentrer ses efforts de programmation économique sur des écosystèmes industriels intégrés : la transformation locale du bois, l’agro-industrie lourde et la métallurgie de base. La véritable souveraineté africaine ne se mesurera pas au nombre de commerçants connectés, mais au nombre d’usines en activité capables de substituer les productions locales aux importations massives.

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