
Cameroun : 61% des recettes budgétaires mobilisées au T1 2026
Un déficit de perception qui fragilise les prévisions de la loi de finances
Le constat chiffré du premier trimestre 2026 indique un écart substantiel entre les objectifs fixés par la loi de finances et la réalité des caisses de l’État. Ce taux de réalisation de 61 % témoigne de goulets d’étranglement administratifs ou d’une conjoncture économique moins favorable qu’anticipé, touchant potentiellement tant les recettes fiscales que non fiscales.
Les facteurs potentiels de cette sous-performance intègrent plusieurs variables analytiques :
- Contraction des recettes pétrolières et minières : Une éventuelle baisse des cours mondiaux ou des volumes de production ayant pu impacter directement les redevances dues à l’État.
- Défis de l’assiette fiscale et douanière : Des lenteurs dans la mise en œuvre des réformes de numérisation ou des perturbations sur les corridors d’échanges (notamment vers la RCA et le Tchad) pesant sur les droits de douane.
- Inertie administrative : Des délais d’ajustement dans la collecte des taxes non fiscales auprès des entreprises publiques et des administrations décentralisées.
Des répercussions directes sur l’investissement public
Cette contre-performance de début d’année resserre mécaniquement la marge de manœuvre du gouvernement camerounais. Pour maintenir l’équilibre macroéconomique, les autorités de Yaoundé pourraient être contraintes de prioriser les dépenses de fonctionnement (salaires, dette souveraine) au détriment des budgets d’investissement alloués aux grands projets d’infrastructures routières, énergétiques et sanitaires.
L’Analyse IBA
La mobilisation de seulement 61 % des recettes budgétaires au premier trimestre 2026 place le Cameroun face à un paradoxe de gestion. Alors que le pays s’est engagé dans un programme de consolidation budgétaire rigoureux avec les bailleurs de fonds internationaux, ce retard à l’allumage fiscal accentue le risque de recours à un endettement de court terme sur le marché monétaire régional de la BEAC. Pour l’intelligence économique de la sous-région, ce signal démontre l’urgence de basculer d’une fiscalité de porte (droits de douane) vers une optimisation de la fiscalité intérieure, tout en élargissant l’assiette fiscale vers le secteur informel sans asphyxier les PME existantes. Sans une accélération drastique de la collecte au deuxième trimestre, le gouvernement s’exposera à un effet d’éviction sur le financement de l’économie réelle, l’État captant la liquidité bancaire locale pour couvrir ses déficits de fonctionnement, au détriment des investissements structurants indispensables à la compétitivité du Cameroun dans l’espace ZLECAF.

