
Cameroun : 447 Milliards FCFA d’Emprunts Commerciaux Levés à Fin Juin
L’effacement des bailleurs multilatéraux au profit des banques privées
La cartographie des nouveaux créanciers traduit une mutation profonde du portefeuille d’endettement extérieur du pays :
- Créanciers commerciaux en première ligne : Des établissements européens de premier plan (Standard Chartered, Belfius, ING Bank, Deutsche Bank Espagne, UniCredit Bank Austria) portent désormais l’essentiel des nouveaux engagements.
- Raréfaction des guichets concessionnels : Alors que l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds saoudien de développement (FSD) maintiennent quelques guichets semi-concessionnels, les nouveaux engagements directs des partenaires multilatéraux traditionnels (Banque mondiale, BAD, FMI) apparaissent quasi nuls sur le semestre.
Cette tendance confirme la dynamique observée dès le premier trimestre 2026, où les financements de marché représentaient déjà 90,1 % des décaissements extérieurs et 88,9 % des déblocages sur prêts-projets.
Une contrainte subie face au tarissement de l’Aide Publique au Développement
Le recours massif aux prêts non concessionnels — définis par un « élément don » inférieur à 35 % — répond davantage à un goulet d’étranglement mondial qu’à un choix délibéré. Soumis à une contraction de l’Aide Publique au Développement (APD) et pressé de financer ses grandes infrastructures de croissance, le Cameroun se voit contraint de basculer vers la finance commerciale.
Pourtant, cette pratique entre en contradiction directe avec les orientations du Document d’orientation budgétaire 2026-2028, qui préconise d’épuiser en priorité les ressources concessionnelles à faible taux et longue maturité avant de solliciter les marchés.
Un risque d’asservissement financier pointé par le MINEPAT
Le portefeuille de projets en gestation confirme ce changement de modèle : sur les neuf décrets d’habilitation signés à fin mars 2026 (pour 591,28 milliards FCFA), 546,28 milliards relèvent de guichets commerciaux contre seulement 45 milliards FCFA de ressources concessionnelles.
Ce glissement préoccupe jusqu’au sein de l’appareil d’État. Dès fin 2023, le ministère de l’Économie (MINEPAT) tirait la sonnette d’alarme, rappelant que les prêts non concessionnels — qui ne pesaient que 13 % des engagements de l’État en 2015 — dépassaient déjà les 89 % en 2022. Cette dérive expose le budget national à une hausse structurelle du service de la dette, tout en accentuant la vulnérabilité aux risques de change et de refinancement.
L’Analyse IBA
Le basculement structurel du Cameroun vers les financements non concessionnels s’apparente à une course contre la montre financière. En empruntant à des taux de marché auprès de banques commerciales privées, Yaoundé paie au prix fort le tarissement des guichets concessionnels internationaux. Si cette stratégie permet de maintenir le cap des investissements dans les infrastructures de transport et d’énergie, elle détériore rapidement le profil de rentabilité des projets publics. La marge de manœuvre budgétaire se réduit à mesure que les échéances d’amortissement se rapprochent. Pour éviter un effet de ciseau mortel sur ses finances publiques, l’État devra impérativement veiller à ce que chaque franc emprunté à coût élevé soit orienté exclusivement vers des projets d’infrastructures à très fort rendement économique direct.

