
Camair-Co : perte nette de 4,6 milliards FCFA fin 2025
Une embellie commerciale masquée par un lourd passif financier
Au cours de l’année écoulée, l’activité commerciale de « L’Étoile du Cameroun » a pourtant affiché une dynamique positive. Camair-Co a généré un chiffre d’affaires global de 24,47 milliards de FCFA en 2025, soit une progression de 7,9 % comparativement aux 22,67 milliards de FCFA de l’exercice précédent. Cette relance est principalement portée par la hausse des revenus liés au transport de passagers et de fret, passés de 20,67 milliards à 22,20 milliards de FCFA.
Cependant, les indicateurs de performance soulignent la persistance de faiblesses structurelles majeures :
- Valeur ajoutée déficitaire : Elle s’établit à -760,9 millions de FCFA, bien qu’en amélioration nette par rapport au déficit de 1,98 milliard de FCFA en 2024.
- Excédent brut d’exploitation (EBE) : L’EBE reste également négatif à 5,02 milliards de FCFA (contre -6,03 milliards de FCFA un an plus tôt).
- Explosion des charges financières : Les coûts de l’endettement et les provisions associées ont bondi pour atteindre 1,21 milliard de FCFA au total en 2025, contre seulement 175,3 millions de FCFA en 2024, plombant directement la rentabilité finale.
Une perfusion publique indispensable à la survie
Cette réduction conjoncturelle des pertes nettes s’explique en grande partie par une intensification de l’interventionnisme étatique. En 2025, les subventions d’exploitation allouées par Yaoundé ont bondi de près de 39 %, s’élevant à 6,85 milliards de FCFA contre 4,94 milliards de FCFA lors de la période précédente. Sans cet apport massif de fonds publics, le modèle économique de la compagnie s’avère incapable d’équilibrer ses charges opérationnelles, notamment les coûts de personnel (4,26 milliards de FCFA) et les autres achats externes de fonctionnement.
L’Analyse IBA
Le cas Camair-Co illustre le dilemme persistant des compagnies aériennes étatiques en Afrique : un statut de outil souverain d’aménagement du territoire payé au prix fort par le contribuable. Bien que la restructuration financière initiée fin 2025 (réduction et reconstitution du capital pour apurer le passif) et le plan d’expansion ambitieux soutenu auprès de la BDEAC traduisent une volonté politique de relance, l’équation économique demeure intenable. Face à la pression des bailleurs de fonds internationaux tels que le FMI pour rationaliser les dépenses publiques, Yaoundé devra rapidement arbitrer. À l’heure de la mise en œuvre du Marché unique du transport aérien en Afrique (MUTAA), Camair-Co ne pourra survivre par la seule perfusion étatique sans une révision drastique de son agilité opérationnelle, une optimisation de sa flotte et l’ouverture de son capital à des partenaires stratégiques privés capables d’absorber les risques de ce secteur ultra-concurrentiel.

