
Cameroun : 328 milliards FCFA d’incitations fiscales en 6 ans
Un levier budgétaire pour doper l’investissement direct
Cette importante renonciation fiscale matérialise l’application des dispositions de la loi de 2013 révisée, fixant les incitations à l’investissement privé au Cameroun. À travers des exonérations douanières, des réductions d’impôts sur les sociétés et des facilités administratives gérées par l’Agence de Promotion des Investissements (API), les autorités de Yaoundé tentent de réduire le coût initial d’implantation des entreprises locales et multinationales.
Le déploiement de ces incitations s’est concentré sur plusieurs objectifs prioritaires :
- Attraction des capitaux étrangers et nationaux : Inciter les opérateurs à choisir la place camerounaise pour le déploiement de projets industriels d’envergure.
- Soutien à la politique d’import-substitution : Alléger les charges fiscales des structures engagées dans la transformation locale des matières premières pour réduire la dépendance aux importations.
- Création d’emplois : Conditionner l’accès aux avantages fiscaux à l’embauche et à la formation de la main-d’œuvre locale.
L’heure du bilan sur l’efficacité des exonérations
Si ce soutien massif de 328 milliards de FCFA témoigne de la volonté gouvernementale de s’affirmer comme un partenaire majeur du secteur privé, il soulève également des questions cruciales au sein de l’administration financière. Le principal défi consiste à évaluer le retour sur investissement de ces cadeaux fiscaux en termes de création réelle de richesses, de recettes fiscales futures de second niveau et de dynamisation globale de l’emploi.
L’Analyse IBA
Le sacrifice de 328 milliards de FCFA de recettes fiscales consenti par le Cameroun met en lumière le paradoxe des politiques d’attractivité en Afrique centrale. Dans une sous-région CEMAC où les budgets nationaux sont structurellement sous pression, l’utilisation agressive de l’arme fiscale est indispensable pour compenser les lourdeurs bureaucratiques et le coût élevé des facteurs de production (énergie, logistique, télécoms). Pour l’intelligence économique du pays, ce bilan sur six ans impose un changement de paradigme. L’incitation fiscale ne doit plus être perçue comme un chèque en blanc sectoriel, mais comme un contrat de performance strict. À l’ère de la ZLECAF, le Cameroun ne peut plus se permettre d’éroder sa base fiscale sans une garantie d’intégration des PME locales dans les chaînes de valeur des grandes entreprises bénéficiaires. L’enjeu de l’émergence économique passera par un ciblage chirurgical de ces aides vers les secteurs à forte valeur ajoutée technologique et agricole, plutôt que vers des activités commerciales de pure opportunité.

