
Crise énergétique au Cameroun : la dette croisée paralyse Douala
Le risque de contrepartie : quand la finance court-circuite le réseau
Derrière les turbines à l’arrêt ne se cache aucun problème technique. Ce black-out est le symptôme direct d’un mal plus profond : le risque de contrepartie et l’asphyxie par dettes croisées. Nous assistons à l’effondrement en cascade d’une chaîne de valeur essentielle à l’économie nationale.
À l’origine de cette paralysie, une offensive de l’administration fiscale qui a bloqué les comptes bancaires de Globeleq pour exiger le paiement de ses impôts. La riposte du fournisseur privé d’électricité ne s’est pas fait attendre, entraînant la coupure du flux énergétique. Pourtant, Globeleq fait face à un problème de trésorerie majeur : son client unique, le distributeur national Eneo, accumule des impayés chroniques, l’empêchant d’honorer ses propres obligations fiscales.
L’absurdité d’un cercle vicieux bureaucratique
Ce bras de fer met en lumière les limites d’une gouvernance cloisonnée :
- Le fisc paralyse l’activité d’un opérateur énergétique vital pour recouvrer des créances.
- Cet opérateur est lui-même rendu insolvable par les défauts de paiement d’une chaîne publique dont l’État est le régulateur.
Ce blocage institutionnel crée un cercle vicieux bureaucratique parfait, où la rigidité administrative finit par détruire la véritable création de richesse industrielle.
L’infrastructure critique face au défi de la souveraineté
Cet incident soulève une question cruciale pour l’avenir économique du pays. Comment bâtir une trajectoire d’émergence solide lorsque l’activité des plus grandes usines de Douala peut être interrompue par une simple saisie fiscale visant un investisseur étranger ? Cet épisode démontre de manière flagrante que la souveraineté économique exige une maîtrise absolue et une gestion stratégique intégrée de l’ensemble des infrastructures critiques.
L’Analyse IBA
Le cas camerounais agit comme un avertissement pour l’ensemble des marchés énergétiques africains dépendants des Producteurs Indépendants d’Électricité (IPP). Cette crise illustre la fragilité des partenariats public-privé (PPP) lorsque les mécanismes de compensation et de garantie de paiement de l’État font défaut. À l’heure où le continent accélère son industrialisation sous l’impulsion de la ZLECAf, la sécurité énergétique ne peut plus être l’otage de conflits de trésorerie interservices. Pour attirer et maintenir les investissements directs étrangers (IDE) dans les infrastructures lourdes, les États africains doivent impérativement sanctuariser les flux financiers de l’énergie et moderniser leur ingénierie fiscale, sous peine de voir leur élan industriel brisé par un risque systémique évitable.

