
Droits de douane supprimés par la Chine : l’Afrique saisira-t-elle l’opportunité ?
Une bouffée d’oxygène pour la diversification des exportations
Concrètement, des produits phares comme le cacao de Côte d’Ivoire et du Ghana, les avocats du Kenya, les agrumes et le vin d’Afrique du Sud, ou encore le café éthiopien — jusqu’ici soumis à des barrières tarifaires oscillant entre 8 % et 30 % — entrent désormais librement sur le colossal marché chinois de 1,4 milliard de consommateurs. Les premières marchandises bénéficiant du dispositif ont déjà été dédouanées avec succès sur le territoire chinois grâce à la modernisation des procédures douanières.
Pour soutenir cet élan, Pékin a déployé des outils de facilitation :
- Un système numérique de certificats d’origine électroniques.
- Des procédures harmonisées pour les contrôles sanitaires et phytosanitaires.
- La mise en place de « corridors verts » logistiques pour réduire les délais d’entrée des produits périssables sensibles.
Le piège des matières premières et les défis structurels africains
Cependant, l’enthousiasme des chancelleries ne doit pas masquer les réalités macroéconomiques. Les matières premières brutes (pétrole, cuivre, cobalt, fer), qui représentent encore la majorité des exportations africaines vers la Chine, n’étaient déjà que très faiblement taxées à l’entrée. L’impact de l’exonération des droits de douane y sera donc marginal.
Le véritable défi pour l’Afrique réside dans sa capacité à exporter des produits transformés à forte valeur ajoutée. Or, le tissu industriel du continent souffre de goulets d’étranglement bien connus : déficit d’infrastructures énergétiques et portuaires, coûts logistiques intra-africains prohibitifs et difficultés à s’aligner sur les normes de qualité drastiques (certifications HACCP/GACC) imposées par les autorités administratives chinoises. Sans une stratégie industrielle agressive, la suppression des barrières tarifaires risque de rester une coquille vide pour de nombreuses petites économies du continent.
L’Analyse IBA
L’initiative unilatérale de Pékin ne relève pas de la philanthropie, mais d’une fine stratégie d’intelligence économique et géopolitique. En se posant comme le champion du libre-échange face au protectionnisme occidental, la Chine consolide ses chaînes d’approvisionnement en ressources critiques nécessaires à ses propres transitions énergétique et numérique. Pour l’Afrique, l’enjeu est désormais d’éviter le piège de la dépendance exclusive et de l’exposition directe aux surcapacités industrielles chinoises.
Pour capitaliser sur cette opportunité d’ici 2028, le continent doit impérativement actionner deux leviers souverains. D’une part, utiliser la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) comme un bouclier et un agrégateur : c’est en consolidant des chaînes de valeur régionales que les États africains atteindront les volumes et les standards compétitifs exigés par le marché chinois. D’autre part, cette ouverture doit s’articuler avec l’internationalisation du yuan via le système de paiement CIPS, fortement promu par Pékin. L’Afrique doit négocier cette intégration financière de manière stratégique, afin que la dédollarisation de ses échanges serve le renforcement de sa propre souveraineté monétaire et le financement de ses infrastructures industrielles, plutôt que de créer de nouvelles vulnérabilités.

