
Egis boucle la cession de sa filiale au Cameroun, rebaptisée Infracam
Une transition sans rupture portée par le management local
La finalisation de la vente d’Egis Cameroun au profit d’Infracam consacre un modèle de transmission de compétences qui préserve l’ancrage local. Le capital et les opérations de la structure sont désormais pilotés par les anciens dirigeants de la filiale, intégrés au réseau panafricain Infras basé à Casablanca, au Maroc. Le groupe tricolore a réaffirmé que cette restructuration se traduirait par une continuité totale pour les partenaires et les clients sur le terrain en cette année 2026.
Les indicateurs clés de cette transaction majeure se résument ainsi :
- Périmètre de l’opération : Transfert de 100 % des contrats en cours, du portefeuille de projets et des actifs de l’ex-Egis Cameroun.
- Volet social : Maintien de l’intégralité des effectifs locaux et préservation de l’ensemble des postes d’ingénieurs et de techniciens.
- Gouvernance élargie : Le Cameroun s’inscrit dans un plan global incluant cinq autres filiales cédées (Sénégal, Côte d’Ivoire, Rwanda, Kenya et Madagascar).
Un recentrage stratégique sur fond de contentieux étatiques
Si la direction d’Egis justifie ce désengagement par une feuille de route axée sur les très grands projets d’ingénierie globale, les concessions et l’exploitation à haute valeur ajoutée, les analystes rappellent le contexte local difficile. La filiale camerounaise faisait face à de vives tensions avec les autorités de Yaoundé à la suite de la suspension unilatérale par l’État, début 2024, du partenariat public-privé (PPP) liant le consortium Tollcam (co-détenu par Egis et Fayat) au gouvernement pour l’automatisation de quatorze postes de péages routiers.
Ce contentieux, marqué par des réclamations financières réciproques et d’importantes pressions administratives, a accéléré la réflexion du groupe français sur sa rentabilité opérationnelle en Afrique Centrale, le poussant à privilégier un modèle de partenariat indirect plutôt qu’une présence capitalistique directe.
L’Analyse IBA
Le passage d’Egis Cameroun sous la bannière d’Infracam illustre un phénomène croissant sur le continent : le retrait progressif des multinationales européennes de certains segments de marché intermédiaires au profit de champions locaux ou régionaux via des Management Buy-Out (MBO). Pour le Cameroun et l’Afrique Centrale, l’émergence d’Infracam, adossée au Groupe Infras, représente une opportunité majeure d’appropriation technologique. Les cadres locaux, désormais actionnaires et maîtres à bord, disposent de l’expertise technique « historique » tout en s’affranchissant des contraintes de compliance ou des frictions diplomatiques qui enlisent souvent les multinationales face aux États africains. Toutefois, le défi immédiat d’Infracam résidera dans sa capacité à mobiliser des lignes de crédit d’envergure auprès des banques régionales pour soumissionner de manière autonome sur les méga-projets d’infrastructures routières et urbaines de la zone CEMAC.

