
TotalEnergies en Éthiopie : Ola Energy s’apprête à racheter le réseau
La fin d’une présence historique de 76 ans
Installée en Éthiopie depuis 1950, la compagnie TotalEnergies y a bâti l’un des réseaux de distribution les plus emblématiques du pays, se positionnant comme le troisième distributeur national de carburant. Les stations-service ciblées par cette acquisition sont majoritairement concentrées à Addis-Abeba et dans les régions centrales.
Bien que les détails financiers de la transaction n’aient pas encore été formellement divulgués par les directions de deux groupes en ce mois de juin 2026, l’accord prévoit le transfert global des actifs. Ce désengagement s’expliquerait par plusieurs facteurs économiques contraignants qui pèsent sur la rentabilité de la filiale depuis plusieurs années :
- Régulation des prix : Un encadrement strict des tarifs des carburants par les autorités éthiopiennes, limitant les marges opérationnelles.
- Pénurie de devises : Des difficultés persistantes d’accès aux devises étrangères nécessaires au fonctionnement du secteur et au rapatriement des bénéfices.
- Contraintes d’aménagement urbain : Des restructurations foncières d’envergure à Addis-Abeba, comme le projet de développement des corridors, ayant entraîné la démolition de certaines stations hautement stratégiques de la marque (notamment à Piassa et Kazanchis).
Ola Energy consolide sa force de frappe en Afrique de l’Est
Pour le distributeur panafricain Ola Energy (anciennement OiLibya), ce rachat constitue une opportunité majeure d’expansion sur l’un des marchés les plus dynamiques et populeux du continent. Déjà solidement implanté en Éthiopie, le groupe va considérablement renforcer sa part de marché et densifier son maillage territorial, s’affirmant comme un acteur incontournable de la distribution pétrolière dans la Corne de l’Afrique.
La question du maintien et du transfert des plus de 160 salariés de la filiale locale de TotalEnergies reste l’un des points clés de vigilance sociale qui accompagneront la finalisation de ce protocole d’accord.
L’Analyse IBA
Le retrait annoncé de TotalEnergies du marché de détail éthiopien illustre un mouvement de fond plus large observé chez les majors occidentales sur le continent africain. Confrontées à des régulations de prix nationales étouffantes, à des crises récurrentes de liquidités en devises (comme le subit l’Éthiopie) et poussées par des impératifs mondiaux de transition vers les énergies vertes, des entreprises comme TotalEnergies ou Shell rationalisent leurs portefeuilles en aval (Retail) pour se concentrer sur l’amont pétrolier ou la production d’énergies renouvelables à forte marge. À l’inverse, cette situation ouvre des boulevards de croissance pour les champions panafricains tels qu’Ola Energy. Mieux armés pour naviguer dans les complexités macroéconomiques locales et dotés de structures de coûts agiles, ces acteurs consolident l’indépendance énergétique de l’Afrique. Pour l’Éthiopie, ce basculement vers un opérateur continental devra rapidement faire la preuve de sa capacité à maintenir l’approvisionnement régulier du pays, tout en gérant le choc des transitions de gouvernance corporate.

