SNH du Cameroun : la gestion de portefeuille plonge en 2025

SNH du Cameroun : la gestion de portefeuille plonge en 2025

L’analyse des comptes non consolidés et audités du volet « Gestion du portefeuille » de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) pour l’exercice 2025 révèle des déséquilibres structurels majeurs. Malgré un chiffre d’affaires en légère progression, le bénéfice net de cette branche clé s’est effondré de 41,3 %, s’établissant à 19,98 milliards de FCFA contre 34,05 milliards un an plus tôt.

Un chiffre d’affaires déconnecté des charges d’exploitation

Il importe de préciser que ce périmètre comptable n’englobe pas la totalité des activités pétrolières de la SNH au Cameroun, une grande partie relevant du « mandat de l’État ». Dans ce cadre précis de la gestion de portefeuille, le chiffre d’affaires a progressé de 6,1 % pour atteindre 5,545 milliards de FCFA, porté par la vente de produits fabriqués.

Toutefois, cette hausse des revenus commerciaux est restée dérisoire face à la structure des coûts de l’entreprise :

  • Frais de personnel disproportionnés : À 12,41 milliards de FCFA, la masse salariale représente à elle seule plus du double du chiffre d’affaires généré.
  • Explosion des frais annexes : Les services extérieurs ont bondi de 23 % pour atteindre 6,43 milliards de FCFA, dont 4,03 milliards versés en honoraires d’intermédiaires et de conseils.
  • Flambée des amendes fiscales : Les impôts et taxes sont passés de 418,3 millions à 1,64 milliard de FCFA, une hausse provoquée par l’explosion des pénalités fiscales, qui ont atteint 1,32 milliard de FCFA contre seulement 13,2 millions en 2024.

Une rentabilité sauvée uniquement par la rente financière

Cette dérive des charges a lourdement pesé sur les indicateurs de performance. La valeur ajoutée s’est contractée de 35,6 % (9,05 milliards de FCFA) et l’excédent brut d’exploitation est devenu négatif à -3,36 milliards de FCFA. Au final, le résultat d’exploitation double ses pertes, s’enfonçant à -12,47 milliards de FCFA contre -6,53 milliards en 2024.

Si la SNH évite de basculer dans le rouge au niveau net, elle le doit exclusivement à son résultat financier de 43,88 milliards de FCFA, tiré de ses participations et placements. Sans cette béquille, la société aurait enregistré une perte sèche. Cependant, cette manne financière s’essouffle elle aussi, affichant un recul de 24,1 % en raison de la diminution des dividendes reçus de ses filiales (-20,8 % à 41,64 milliards de FCFA).

Des flux de trésorerie en baisse et des réserves d’audit

La dégradation opérationnelle impacte directement la capacité d’autofinancement, en baisse de 31,2 %. Les flux nets de trésorerie issus des activités opérationnelles ont fondu de 53,9 %, s’établissant à 13,12 milliards de FCFA. En parallèle, la SNH a maintenu une politique de distribution généreuse en versant 24 milliards de FCFA de dividendes.

Si le bilan affiche une apparente solidité — avec 270,28 milliards de FCFA de capitaux propres (82 % du total) et aucune dette bancaire —, les commissaires aux comptes ont émis une opinion avec réserves. Ils soulignent notamment l’absence de comptabilisation d’un investissement de 10 millions de dollars (5,578 milliards de FCFA) dans le projet CSTAR Tank Farm, ainsi qu’une sous-évaluation de 4,771 milliards de FCFA des provisions pour indemnités de fin de carrière.

L’Analyse IBA

Les états financiers du volet portefeuille de la SNH mettent en lumière le syndrome de la dépendance à la rente financière qui guette les grands fleurons publics africains. L’activité commerciale propre à ce périmètre détruit de la valeur, et l’entreprise ne maintient sa rentabilité que grâce aux dividendes de ses participations historiques. Ce décalage entre des revenus commerciaux modestes (5,55 milliards de FCFA) et des charges de personnel ou de conseil astronomiques pose la question d’une rationalisation urgente des coûts. À l’heure où les États africains cherchent à optimiser les performances de leurs portefeuilles publics pour maximiser les recettes budgétaires, le cas de la SNH rappelle que la solidité apparente d’un bilan ne doit pas dispenser d’un audit rigoureux de sa gouvernance opérationnelle et du respect des règles prudentielles comptables.

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