Industrialisation en Afrique : Le Maroc devient le leader du continent

Industrialisation en Afrique : Le Maroc devient le leader du continent

Selon une étude prospective de la Banque africaine de développement (BAD) couvrant la période 2010-2024, le Maroc s’impose désormais à la première place du continent en matière de développement industriel. Le Royaume chérifien détrône ainsi l’Afrique du Sud, qui a longtemps incarné la principale puissance manufacturière africaine, marquant un tournant historique dans la géopolitique économique du continent.

Les clés du succès : Diversification et vision à long terme

La Banque africaine de développement attribue cette performance remarquable à une stratégie rigoureuse et continue. Contrairement à d’autres économies dépendantes des matières premières, la progression marocaine est le fruit d’une politique industrielle menée sur le long terme, axée sur la diversification des moteurs de croissance.

Cette dynamique est portée par une montée en gamme spectaculaire dans des secteurs stratégiques et à haute valeur ajoutée :

  • L’automobile : devenu le premier poste d’exportation du pays grâce à des écosystèmes intégrés.
  • L’aéronautique : un hub d’approvisionnement mondial de premier plan.
  • Les énergies renouvelables : des investissements massifs qui renforcent la compétitivité carbone des usines locales.
  • L’électronique : une intégration progressive dans les chaînes de valeur globales.

Une dynamique continentale freinée par des disparités régionales

L’étude de la BAD, qui passe au crible les trajectoires industrielles de 54 pays africains, révèle des signaux encourageants pour l’ensemble du continent. Au total, 41 pays ont amélioré leur niveau d’industrialisation sur la période analysée, témoignant d’une prise de conscience globale de la nécessité de transformer localement les ressources.

Cependant, le rapport met en lumière des déséquilibres géographiques majeurs. L’Afrique du Nord et l’Afrique australe concentrent encore l’essentiel de la production industrielle du continent, laissant le reste des régions face à d’importants défis d’infrastructure et de capacités productives.

Le commerce intra-africain : Le grand défi de la ZLECAf

Si la production progresse, l’intégration commerciale reste le point faible de l’économie continentale. La BAD souligne que le commerce intra-africain ne représente encore que 14,4 % de la totalité des échanges du continent.

Ce niveau demeure largement insuffisant pour concrétiser pleinement les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pour capitaliser sur le leadership de pays comme le Maroc, l’Afrique doit impérativement lever les barrières tarifaires et non tarifaires qui bloquent la circulation des produits manufacturés « Made in Africa ».

L’Analyse IBA

L’ascension du Maroc au sommet de l’indice industriel de la BAD valide la pertinence du concept d’« État stratège » en Afrique. En sanctuarisant ses plans industriels successifs sur près de deux décennies, Rabat a su offrir la stabilité réglementaire et logistique indispensable aux investisseurs internationaux. La véritable question pour l’avenir est celle du co-développement : le Maroc peut-il transformer son leadership national en un moteur d’intégration régionale ? Pour devenir le hub technologique et industriel incontournable du continent, le Royaume devra renforcer ses corridors logistiques vers l’Afrique subsaharienne et multiplier les joint-ventures avec ses pairs africains. Le succès de la ZLECAf ne dépendra pas uniquement de la suppression des douanes, mais de la capacité des leaders industriels comme le Maroc à structurer des chaînes de valeur transfrontalières (par exemple, en associant les matières premières d’Afrique centrale aux capacités de transformation marocaines).

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