
Énergie au Cameroun : le scandale financier de la SONARA
Le paradoxe des assurances et le poids d’une dette abyssale
La SONARA est totalement à l’arrêt depuis le violent incendie qui a ravagé ses installations en mai 2019. Pourtant, une décision récente interpelle les observateurs : cette semaine, l’entreprise publique a signé son premier contrat d’assurance global pour couvrir ses risques jusqu’en 2029, pour une enveloppe totale atteignant 6,5 milliards de FCFA. Sept ans après le sinistre, l’État assure à grands frais des travaux de reconstruction qui n’ont toujours pas effectivement démarré sur le terrain.
Pendant ce temps, la réalité financière de la structure demeure critique. Le passif de la SONARA étouffe le secteur des hydrocarbures avec des créances exigibles massives :
- Dette bancaire : 261 milliards de FCFA dus aux institutions financières nationales et internationales.
- Dette envers les traders : 227,5 milliards de FCFA dus aux géants du négoce international, à savoir Vitol, Trafigura, Mercuria et PSTV.
- Soutien des consommateurs : Un prélèvement direct de 47,8 FCFA par litre de carburant maintenu pour apurer ces comptes.
Kribi contre Limbe : Le double jeu de l’État camerounais
Parallèlement à l’enlisement de Limbe, les priorités d’investissement semblent s’être déplacées. L’État camerounais finance actuellement la construction d’une raffinerie entièrement neuve dans la cité portuaire de Kribi. Ce projet de pointe affiche une capacité prévisionnelle de 30 000 barils par jour pour un coût global de 115 milliards de FCFA. Officiellement, les autorités affirment que les deux infrastructures ne se positionnent pas en concurrentes directes, sans pour autant clarifier la répartition des rôles.
Cette opacité institutionnelle soulève deux incohérences majeures. Si la SONARA a vocation à redevenir la principale raffinerie du pays, pourquoi investir simultanément des milliards dans une nouvelle unité de raffinage ? À l’inverse, si la raffinerie de Kribi est calibrée pour prendre définitivement le relais logistique, pourquoi les consommateurs camerounais continuent-ils d’être taxés à la pompe pour maintenir à flot un actif industriel fantôme depuis sept ans ?
L’Analyse IBA
Le dossier de la SONARA illustre les dérives classiques de l’intelligence économique et de la gouvernance des infrastructures énergétiques en Afrique. En maintenant une taxe sur le carburant pour éponger les dettes de trading (Vitol, Trafigura) tout en injectant 115 milliards de FCFA dans un nouveau complexe à Kribi, le Cameroun fragilise le pouvoir d’achat de ses citoyens et crée des distorsions de marché. L’absence de feuille de route claire cache mal un arbitrage politique entre la reconstruction de l’appareil historique de Limbe et le développement du pôle industriel de Kribi. À l’heure où l’Afrique centrale cherche à maximiser sa valeur ajoutée locale face à la volatilité des cours mondiaux, la transparence budgétaire et la rationalisation des actifs de raffinage sont indispensables pour attirer des investissements privés sérieux et garantir la sécurité énergétique de la sous-région.

