
Gaz naturel en Afrique centrale : Le Congo va détrôner le Cameroun dès 2026
L’essor fulgurant du GNL congolais sous l’impulsion d’Eni
Pendant plusieurs années, le Cameroun a dominé le secteur gazier d’Afrique centrale grâce à l’exploitation de ses gisements offshore (notamment via l’unité flottante Hilli Episeyo au large de Kribi). Cependant, la dynamique est en train de s’inverser radicalement. Brazzaville a fait le pari de valoriser ses immenses réserves de gaz associé – jusqu’alors largement brûlé ou réinjecté – pour en faire un produit d’exportation de premier plan et une source d’électricité domestique.
Le moteur principal de cette croissance est le projet Congo LNG mené par la major italienne Eni. Ce déploiement repose sur une stratégie accélérée s’appuyant sur deux installations flottantes de liquéfaction de gaz naturel (FLNG) :
- Tango FLNG (Phase 1) : Déjà opérationnelle, cette unité a permis d’initier les premières exportations historiques de GNL du pays au début de l’année 2024.
- Deuxième unité FLNG (Phase 2) : Actuellement en cours d’installation et de raccordement, cette plateforme géante, d’une capacité de production de 2,4 millions de tonnes par an (MTPA), devrait atteindre son plein régime opérationnel d’ici la fin 2025/début 2026.
Grâce à cette infrastructure double, la production globale de gaz du Congo devrait franchir un cap historique, dépassant le plafond de production camerounais qui fait face, de son côté, à une maturité de certains de ses champs historiques et à une absence de nouveaux grands projets de liquéfaction à court terme.
Le Cameroun face au défi du renouvellement de ses réserves
À Yaoundé, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) et ses partenaires s’attellent à maintenir les niveaux de production actuels pour alimenter le marché local et honorer les contrats d’exportation de GNL. Bien que le pays dispose d’un réseau de transport et de traitement de gaz industriel bien rodé, l’essentiel de sa production reste captif ou stagne. Sans investissements d’envergure immédiats dans l’exploration de nouveaux blocs ou dans l’extension des capacités de liquéfaction, le Cameroun devra céder son leadership régional à son voisin du Sud.
L’Analyse IBA
Le basculement de la production gazière en faveur du Congo redessine la géopolitique de l’énergie en zone CEMAC. Ce succès congolais démontre l’efficacité d’un cadre réglementaire incitatif : en adoptant un Code gazier moderne et en pénalisant fermement le torchage de gaz, Brazzaville a contraint et encouragé les opérateurs historiques à monétiser le gaz associé. Pour le Cameroun, ce dépassement doit agir comme un électrochoc stratégique. Le pays dispose encore de réserves inexploitées substantielles, notamment dans le bassin de Rio del Rey et à la frontière maritime avec la Guinée équatoriale (champs transfrontaliers de YoYo/Yolanda), mais les lenteurs administratives et de négociation retardent les décisions finales d’investissement (FID). Dans un contexte mondial où l’Europe cherche activement à diversifier ses approvisionnements hors de Russie et où la demande africaine d’électricité propre augmente, le gaz naturel s’impose comme l’énergie de transition par excellence. Le pays qui parviendra à simplifier ses processus contractuels et à sécuriser ses infrastructures maritimes captera l’essentiel des capitaux internationaux dans la décennie à venir.

