La Guinée adopte un plan à 172 milliards d’euros pour transformer son économie d’ici à 2040

La Guinée adopte un plan à 172 milliards d’euros pour transformer son économie d’ici à 2040

Premier exportateur mondial de bauxite et producteur de minerai de fer, la Guinée cherche à convertir son potentiel minier en levier de développement. Dans un pays où la croissance reste peu inclusive, les autorités veulent changer d’échelle avec une nouvelle stratégie de transformation économique.

Le Contexte : Un cadre juridique pour Simandou 2040

Le 5 mars dernier, les autorités guinéennes ont adopté deux textes législatifs qui donnent au programme de développement Simandou 2040 un cadre juridique et en font la nouvelle référence de l’action publique. Avec cette décision, le pouvoir fait passer ce projet de transformation économique — évoqué depuis plusieurs mois — du stade de vision politique à celui de feuille de route officiellement encadrée.

Une première phase jusqu’en 2030

Selon les informations disponibles, le gouvernement prévoit de mobiliser plus de 200 milliards USD d’investissements, soit environ 172 milliards d’euros, pour mettre en œuvre ce programme sur quinze ans. La stratégie repose sur 36 réformes et 122 mégaprojets, dont le projet intégré mines-infrastructures de Simandou, considéré comme l’un des plus grands gisements de fer au monde.

Le déploiement se fera en trois étapes :

  • Jusqu’en 2030 : Une première phase prévoyant plus de 65 milliards de dollars d’investissements prioritaires dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’éducation et le tourisme.

  • 2030 – 2035 : Une phase de diversification économique et de montée en puissance des industries de transformation locale.

  • 2035 – 2040 : Une phase de consolidation destinée à renforcer l’intégration de l’économie guinéenne sur les marchés régionaux et internationaux.

La stratégie consiste à utiliser les revenus tirés des ressources naturelles pour financer une diversification plus large de l’économie, renforcer les capacités productives, améliorer la logistique et soutenir les secteurs sociaux (santé, éducation).

Une économie dynamique mais encore peu inclusive

Cette formalisation survient quelques semaines seulement après l’investiture du président Mamadi Doumbouya, dans un contexte de croissance soutenue portée par l’exploitation minière :

  • PIB réel : Progression de 7,1% en 2023, puis d’environ 5,7% en 2024 (Banque mondiale).

  • Projections : Une croissance de 6,5% en 2025, avec une accélération proche de 10% entre 2026 et 2027.

  • Position du FMI : Prévision de croissance relevée à 4,7% en 2026, tout en soulignant l’importance des réformes structurelles pour la stabilité macroéconomique.

Cependant, cette dynamique ne s’est pas encore traduite par une amélioration sociale significative. « Malgré une croissance robuste, la pauvreté reste élevée avec 52% de la population vivant sous le seuil international de pauvreté », a déclaré la Banque mondiale en juillet 2025. Entre 2019 et 2024, le taux de pauvreté a augmenté de 7 points, touchant 1,8 million de personnes supplémentaires.

Les défis de la mise en œuvre

Pour les autorités guinéennes, l’enjeu est désormais de convertir cette dynamique économique en infrastructures, en emplois et en services publics. Le succès de cette stratégie de transformation dépendra de plusieurs facteurs déterminants :

  1. Le financement réel des projets.

  2. Le respect du calendrier de mise en œuvre.

  3. La hiérarchisation des priorités.

  4. La solidité des mécanismes de gouvernance

 

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin | latribune.fr 

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